Mali
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Montée des fièvres nationalistes sur le continent noir. La jeunesse africaine va-t-elle sonner le glas de la Françafrique.

Depuis le 18 août 2020, l’Afrique a inauguré une ère nouvelle avec les événements du Mali. En effet depuis le camp Soundiata Keita situé dans la ville garnison de Kati à l’initiative du Colonel Malick Diaw et du Colonel Sadio Camara  des militaires se révoltent et décident de marcher sur le domicile du président Ibrahim Boubacar Keita  situé au niveau du quartier de Sebeninkoro à Bamako. Le président IBK est conduit manu militari à Kati en compagnie de son Premier ministre Docteur Boubou Cisse et du président de l’Assemblée nationale l’honorable Moussa Timbine.

Dans la nuit, le président IBK annonce à la télévision nationale sa démission, celle de son Premier ministre et la dissolution de l’Assemblée nationale. Peu avant cet événement, le Président en exercice de la CEDEAO, l’ancien président du Niger Mahamadou Issoufou   avait mis le turbo pour éviter le pire. Dés le depuis du mouvement déclenché par le Mouvement du 5 juin Rassemblement  des forces patriotiques, la CEDEAO avait dépêché une délégation à Bamako pour prendre la température des événements.  Aussi pour limiter la casse l’ancien président de la République fédérale du Nigeria Gooluck Jonathan reprend du service  en devenant le médiateur attitré de la CEDEAO.  Comme si, le président Issoufou  prédisait déjà le coup d’état  du Niger après son départ, il affirmera de vive voix que le départ du président IBK est la ligne rouge à ne pas franchir. Pour calmer les esprits, le leader de la contestation l’Imam Mahmoud Dicko    est approché par certains chefs d’Etat qui feront même le déplacement de Bamako. Mais la bourrasque de vent qui devait emporter IBK pour poursuivre son chemin en Guinée Conakry au Burkina Faso au Niger ensuite au Gabon avait déjà entamé  sa  forme   violente. La France de son côté   avait gravement sous-estimé le déroulé des événements. Elle n’a   compris l’éveil des consciences que lorsque le président par intérim Ba Ndaou  et son Premier ministre Moctar Ouane seront mis aux arrêts. Rappelons que tout est parti des revendications du M5 qui avait été abandonné au bord de la route par les cinq colonels ( Assimi Goita , Malick Diaw , Modibo Kone , Ismaeil Wague et Sadio Camara) qui avaient préféré Bah Ndaou comme président de la transition et Moctar Ouane comme Premier ministre  . Si, la CEDEAO avait laissé les coudées franches au Mali, elle pensait que les événements  n’allaient pas évoluer autrement. Il faut le dire le jeune vice président Assimi qui avait effectué une visite d’état au Togo pour rencontrer le président Faure et  avait fait aussi le déplacement d’Abidjan pour rencontrer le président Alassane Dramane Ouattara était loin d’imaginer qu’il allait prendre les commandes de ce vaste pays de l’Afrique de l’ouest. Le président Alassane qui l’a reçu comme un fils au delà du statut d’homme d’état  voyait en lui un jeune officier qui pouvait servir de marionnette. Mais le frère de Tene Birama Ouattara avait oublié un détail, Assimi n’est pas né du temps du Soudan français et dans son esprit, il n’y avait  pas les chaînes de l’esclavage et de la colonisation. Le président Bah Ndaou que l’opinion publique malienne croyait intraitable quand, il s’agit des intérêts du Mali a vite déçu en essayant de s’aligner sur la politique françafricaine du président Alassane Dramane Ouattara avec la bénédiction de la France. Bah Ndaou a vraiment changé lorsqu’il a été reçu sur  le perron de l’Elysée par le président Emmanuel Macro. Dés son retour, il commettra une erreur fatale, un remaniement ministériel très gauche   qui coûtera sa chute. En concertation avec son Premier ministre Ouane qui n’est pas politique, les poids lourds du Conseil national pour le salut peuple (CNSP) sont écartés du pouvoir. Aussitôt, ils sont conduits  au niveau du camp Soundjata dans la ville garnison de Kati. La CEDEAO revient à la charge avec Goodluck Jonathan  et la Ministre ghanéenne des affaires étrangères qui doivent rebrousser chemin. Sur une initiative du Docteur Choguel Maiga, le peuple de Bamako se mobilise et investi le boulevard de l’indépendance. Assimi devient de facto le président de la transition, Sadio Camara conservera son poste de ministre de la défense et des anciens combattants, Modibo Kone se retrouve à la tête de l’Agence nationale de la sécurité d’Etat  après avoir quitté le département de la sécurité et de la protection civile. Le Premier ministre  Choguel issue du M5 entreprend alors de diversifier les partenaires du Mali au détriment de la France. C’est le début d’une longue saga diplomatique entre Bamako et Paris.

Ce qui apparaissait comme un rêve est en passe de se concrétiser, la mise à l’écart des chancelleries occidentales qui ne respectent pas les nouvelles exigences de la jeunesse africaine. Cette fièvre nationaliste  rappelle les années 1960 ou le continent africain réconforté par l’échec de la France en Indochine allait exiger  son émancipation. Surtout qu’à l’époque déjà, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes avait  pris une large place dans les principes de l’organisation des Nations Unies. Le contexte international qui était  marqué par la partition du monde en deux sphères d’influence dominée par l’ex empire soviétique avec le système communiste et le monde occidental sous le parapluie nucléaire des Etats Unis plaidait en faveur des colonies africaines et asiatiques             . Ce qui donnera naissance à l’esprit de Bandoeng en Indonésie en Avril 1955.  Mais depuis les événements  ont bien évolué. En Afrique francophone, la première étape a consisté  à identifier les dirigeants dociles et les dirigeants indélicats. Ceux qui  ont autorisé la France a pillé les richesses de leurs pays ont pu se maintenir grâce à une présence militaire permanente. C’est le cas du premier Président du Gabon Léon Mba renversé, il est rétabli  dans ses fonctions par des parachutistes français, en Côte d’Ivoire le président Félix Houphouët Boigny bénéficiera des mêmes faveurs. Le cas le plus flagrant de cette mainmise française sera la mort dans des conditions floues de Barthelemy Bongada   qui devait présider aux destinées de l’Oubangui Chari future République centrafricaine. Son successeur David Dacko est déposé en pleine réception par le soudard   Jean Bedel Bokassa. Comme pour ridiculiser les africains, le même David Dacko sera réinstallé  à travers l’opération Barracuda  et   on pouvait lire dans certains journaux  à Bangui l’ordre est assuré par les paras français. Un autre baroudeur qui fera parler de lui pendant trois décennies est sans doute le Marechal président Mobutu  qui a pris le pouvoir à Léopoldville  qui deviendra à l’époque de la zairisation. Après avoir  liquidé  Patrice Lumumba avec la bénédiction de l’ancienne puissance coloniale la Belgique et la CIA, il écartera Kasavubu du pouvoir en abandonnant son poste de chef d’Etat major. Il est chassé du pouvoir en 1997 après 32 de  règne sans partage, règne pendant lequel, il a pillé les ressources  de la République démocratique du Congo pour le compte des occidentaux. Le Président Ahmed Sekou jusqu’à sa mort lâchera cette phrase quand l’occident apprécie un président africain ce qu’il ne fait pas l’affaire de ses compatriotes.

Badou S. Koba

Le Triomphe