Mali
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Moussa Traoré: la revanche

Il y a dix ans, le 4 septembre 2013, le président IBK lors de sa cérémonie d’investiture consacrait l’ancien président Moussa Traoré «Grand républicain» après qu’il ait été gracié par Alpha et de 2002 jusqu’à sa mort, il est reconnu par la République comme ancien président, logé aux frais de l’État. L’honneur qui lui été rendu ce vendredi à travers sa désignation comme parrain de la 45e promotion de l’EMIA est une belle revanche pour cet homme d’État et officier général qui a consacré sa vie à l’œuvre nationale pour le bien-être de son peuple.

Les autorités de la République ont décidé ce vendredi 1er septembre 2023 de baptiser la 45e promotion de la prestigieuse Ecole militaire Interarmes (EMIA) de Koulikoro du nom de feu Général d’Armée Moussa Traoré. La cérémonie s’est déroulée sous la haute présidence du président de la Transition, le colonel Assimi Goïta, Chef suprême des Armées, sur la place d’armes du Centre d’instruction Boubacar Sada Sy de Koulikoro. Étaient présents pour l’histoire : le Premier ministre, chef du gouvernement le Dr Choguel Kokalla Maiga ; plusieurs membres du Gouvernement, du corps diplomatique accrédité au Mali ; le Chef d’État-major général des Armées, le Général de Division Oumar Diarra ; les Chefs d’État- major et directeurs de services ; plusieurs personnalités civiles et militaires ainsi que la veuve du parrain Mme Traoré Mariam Sissoko et les parents des impétrants.
La promotion feu Général d’Armée Moussa Traoré compte 235 Officiers, dont 51 femmes venant de 9 pays notamment le Cameroun, le Congo Brazzaville, la Guinée Conakry, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Sénégal, le Tchad et le Togo. Parmi ces Officiers, on compte 216 maliens.
Pour le Chef d’État-major général des Armées, le Général de Division Oumar Diarra, dans le contexte marqué par l’environnement de la crise multidimensionnelle à laquelle notre pays fait face depuis 2012, ces Officiers vont renforcer la montée en puissance dans la poursuite de la dynamique enclenchée par les Forces Armées Maliennes (FAMa).

S’agissant des nouveaux Sous-lieutenants, de la promotion feu Général d’Armée Moussa Traoré, après leur avoir souhaité la bienvenue dans la grande famille des Officiers, il leur a rappelé qu’ils portent désormais sur leurs épaules, la charge de défendre nos valeurs, notre souveraineté et la sécurité de la patrie.
Il les a exhortés à rester fidèles aux valeurs fondamentales qui caractérisent l’Officier à savoir, la rigueur, la droiture, le sens élevé du devoir, le paternalisme quand il faut et dans tous les cas, à être des ardents défenseurs de la loi et de l’ordre pour le succès des Armées du pays.
Le Chef d’État-major général des Armées a soutenu que le choix de feu Général d’Armée Moussa Traoré comme parrain de cette promotion rend hommage à un digne fils du Mali, mais aussi invite ces officiers à s’approprier les qualités et les valeurs de cet homme d’État et Officier général qui a consacré sa vie à l’œuvre nationale pour le bien-être de son peuple. La promotion a choisi comme emblème le Kanaga, tout un symbole.

Par-dessus la symbolique et le symbole qui devraient rallier, c’est le choix du parrain qui fait dissonance. L’honneur et l’hommage ainsi faits par la République 30 ans après à un de ses fils dont nul ne peut contester le parcours au plan militaire que civil, sont pris pour une insulte à la mémoire des martyrs et une provocation aux démocrates sincères et patriotes convaincus qui n’ont pas oubliés… S’agit-il pour la République d’oublier, de déchirer les pages d’histoire du Mali ? Que nenni !
La République est une convergence, consensus, conciliation, pardon. Dès lors que Moussa Traoré, le «dictateur», le «boucher» et son épouse, condamnés à mort par la justice des démocrates, ont été graciés au nom de la République voilà 20 ans par un président démocrate, démocratiquement élu, l’hystérie et la mystification mensongères se devraient de se taire. Parce qu’il faut l’affirmer avec force : toutes les victimes de GMT ne sont pas des victimes. Parmi elles, il y a des fripouilles, des voleurs, des menteurs… Comme cette célèbre victime de Kati, voleur de mangues, qui est tombé du manguier sur le dos avec comme conséquences une paralysie totale avant la chute de Moussa Traoré. Les responsables de l’UDPM de sa section avaient même pris en charge les premiers soins. C’est celui-ci qui a été présenté pendant longtemps par les démocrates sincères et patriotes convaincus comme l’icône des victimes du régime barbare et sanguinaire de Moussa Traoré. Est-ce étonnant quand on sait que des cadavres ont été extraits de la morgue pour gonfler le nombre des victimes dont certains avaient été écrasés par sacs qu’ils étaient partis voler dans les magasins lors des casses…
De sa sortie de prison en 2002 à sa mort le 15 septembre 2020, le Général Moussa Traoré a fait preuve de hauteur, de noblesse et de patriotisme. Jamais il n’a répondu aux calomnies, aux injures et aux invectives de ceux qui pour des raisons inavouées, très personnelles, nourrissent toujours l’espoir de vengeance. Pour eux, le pardon ne peut exister pour Moussa Traoré parce qu’il a mis en prison m…
Contrairement à eux, l’ancien président s’est mis au service de la patrie, donnant avis et conseils s’il est sollicité, toujours à l’appel de la République, le soldat Moussa Traoré n’a pas été au-dessus de l’hommage. Pendant près de 20 ans, il a joué le jeu de la démocratie et a été au service de la République. «Grand républicain», avait proclamé le Grand démocrate IBK (paix à son âme), patriote, humaniste, Moussa Traoré a été, au-delà de la caricature, un «homme d’État et Officier général qui a consacré sa vie à l’œuvre nationale pour le bien-être de son peuple».
Son choix comme parrain de la 45e promotion de la prestigieuse École militaire Interarmes (EMIA) de Koulikoro au-delà de l’hommage mérité, est une revanche. Revanche non sur quelqu’un (même pas les démocrates menteurs), mais revanche sur le temps (tile te toxo dun), revanche sur les mensonges (kalon te bugu djo).
S’il y a dix ans jour pour jour (le 4 septembre 2013) le président élu du Mali proclamait solennellement que Moussa Traoré était un Grand Républicain, l’homme à lui rendu ce vendredi consacre, pour l’histoire, ad vitam ad aeternam, son patriotisme. Ne dit-on pas que le temps est l’autre nom de Dieu (le temps est le second nom de Dieu) ?
D’après Abou Houreira (qu’Allah l’agrée), le Prophète (que la prière d’Allah et Son salut soient sur lui) a dit : « Allah a dit: Le fils de Adam me cause du tort, il insulte le temps alors que je suis le temps. Le commandement se trouve dans ma main, c’est moi qui fais tourner la nuit et le jour » (Rapporté par Boukhari dans son Sahih n°7491 et Mouslim dans son Sahih n°2246). Dans le hadith rapporté par Mouslim d’après Abou Hourayra, 5827, le prophète (psl) a dit : N’injuriez pas le dahr (temps) car c’est Allah qui est le dahr.

Sacrée ironie de l’histoire : à la revanche de Moussa Traoré, son fils spirituel est aux commandes du gouvernement de la République, aux côtés du président patriote le colonel Assimi Goïta. Pour certains, c’est une claque. Mais le temps coule, et nous passons, dit le poète. Espérons enfin que s’apaisent les rancœurs et les hystéries, faute de se taire.

PAR ABDOULAYE OUATTARA