Niger
This article was added by the user . TheWorldNews is not responsible for the content of the platform.

France: après les propos du chef de la police, l'exécutif marche sur des œufs

Les mots d'Emmanuel Macron, lundi 24 juillet, pour évoquer la protestation des policiers français contre la détention provisoire de plusieurs d'entre eux, suite à des violences lors des émeutes, n'ont pas eu l'effet escompté. En Nouvelle-Calédonie, le chef de l'État a dit « comprendre l'émotion » au sein des forces de l'ordre, mais a précisé que « nul n'est au-dessus de la loi ». Cela n'a pas suffi pour les syndicats de la magistrature, alors que des centaines de policiers sont toujours en arrêt maladie abusif. Politiquement, le gouvernement est sous pression.

La Première ministre Élisabeth Borne effectuait ce mardi son premier déplacement post-remaniement au Havre, chez Édouard Philippe. Et la cheffe du gouvernement a bien évidemment dû se positionner sur le sujet. Et de faire à son tour dans le « en même temps », au micro de notre envoyé spécial Pierrick Bonno.

« À la fois, a déclaré Mme Borne, soyons attentifs à la difficulté de la mission des policiers, et je pense à nouveau qu'il est important de leur rendre hommage pour le travail, l'engagement exceptionnel qu'ils ont montré à l'occasion des violences urbaines. Ils ont pu faire face à des violences très fortes. Ensuite, il y a une décision de justice et il faut que la justice puisse aussi faire son travail sereinement. C'est ce qu'elle fait, il y a des voies de recours et le policier a fait un recours sur son placement en détention provisoire. »

À lire aussiFrance: Borne et Philippe réunis au Havre pour la photo d'une majorité soudée

On le voit, la cheffe du gouvernement est parfaitement alignée sur le président de la République. La consigne d'Emmanuel Macron a été bien entendue : la Première ministre a évité comme lui de commenter les propos du patron de la police, le DGPN Frédéric Veaux, et du préfet de police de Paris Laurent Nuñez, qui s'étaient positionnés en soutien des policiers actuellement incarcérés.

Je partage les propos du DGPN.
Fier d’avoir été préfet de Police des Bouches-du-Rhône et aujourd’hui à la tête des 30 000 policiers de Paris et de l’agglomération parisienne. https://t.co/vD0NZYDxmA

— Laurent Nuñez (@NunezLaurent) July 23, 2023

Tenir ce cap fixé par Emmanuel Macron, c'est-à-dire pas de condamnation des prises de position de la hiérarchie policière, tout en garantissant l'indépendance du pouvoir judiciaire. Pas facile, et surtout pas assez, estime-t-on du côté de la Nupes. Dans un communiqué commun, les partis de gauche et écologistes estiment que le chef de l'État n'a pas « pris la mesure des dangers que font peser ces comportements sur l'État de droit et les fondements de notre démocratie ».

« Nous appelons au rétablissement de l’ordre républicain dans la police et au respect de l’état de droit. »

Retrouvez notre communiqué commun des forces de la #NUPES ! pic.twitter.com/BCdnE3ZrXH

— Manuel Bompard (@mbompard) July 24, 2023

Les insoumis vont même plus loin, à l'image du député Antoine Léaument, qui était l'invité de Frédéric Rivière sur notre antenne ce matin.

« Je considère qu'une partie des policiers sont entrés dans un comportement factieux puisqu'ils remettent en cause le principe d'indépendance de la justice et qu'un certain nombre d'entre eux se mettent en désaccord avec une décision de justice, a-t-il déclaré. Ça a commencé par le directeur général de la police nationale Frédéric Veaux qui conteste une décision de justice. On ne peut pas, dans une démocratie et dans une République, estimer normal que des policiers puissent exercer des pressions de ce niveau-là, et des pressions d'une manière générale, sur les juges. »

Macron parle de «partager les difficultés».

Ça ne veut rien dire.

Les difficultés, il ne faut pas les partager : il faut y répondre.

Ce qu'il faut partager, c'est la richesse. pic.twitter.com/DuXsP7EuaT

— Antoine Léaument 🇫🇷 (@ALeaument) July 25, 2023

Des propos qui évidemment hérissent dans la majorité. L'aile droite de cette dernière s'insurge ainsi de la remise en cause de l'intégrité des policiers. Mais il y a débat avec l'aile gauche des troupes macronistes, mal à l'aise face aux déclarations des pontes de la police et au chantage aux congés maladie dans les rangs.

Un malaise accentué par le silence de plus en plus assourdissant du ministre de l'Intérieur. Notre envoyée spéciale à Nouméa, Charlotte Urien-Tomaka, qui suit le déplacement d'Emmanuel Macron accompagné notamment de Gérald Darmanin, décrit un ministre de l'Intérieur silencieux, qui fuit même les journalistes, lui qui, pourtant, a fait de son omniprésence médiatique sa marque de fabrique.

« l’interview a, selon nos informations, bel et bien été validée par le ministre de l’Intérieur et relue par son directeur de cabinet »@GDarmanin⁩ valide les propos du DGPN sur la prison et méprise donc lui aussi l’État de droit (on le savait…) https://t.co/kbNPqoMzbA

— Raphaël Kempf (@raphkempf) July 25, 2023

Un silence d'autant plus remarqué que le ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti, pourtant réputé très proche de Gérald Darmanin, a pour sa part fait une déclaration de soutien vigoureuse à son administration. « La justice, dans une démocratie, elle est indépendante, a-t-il tranché. Elle a besoin de sérénité pour faire son travail, et moi, je veille à ce que les magistrats de notre pays soient indépendants dans l'exercice du travail quotidien qui est le leur. »

Une nouvelle fois, l'impression domine que l'exécutif navigue à vue face à un problème qui avait pourtant été maintes fois signalé par les syndicats de police notamment. Sauf que depuis plusieurs semaines, le flottement autour du remaniement du gouvernement a fait tourner les ministères au ralenti. Gérald Darmanin était notamment en campagne pour tenter d'être nommé Premier ministre.

À lire aussiDétention d'un policier en France: indignation après les propos du patron de la police

Forcément, les oppositions s'emparent du moment. À gauche, on l'a vu, mais aussi à l'extrême droite, où c'est un procès en mollesse et en incompétence qui est fait au trio Macron-Borne-Darmanin, même si Marine Le Pen est, à son habitude, restée sur ses gardes en ne prenant pas position entre police et justice, évoquant seulement une crise institutionnelle.

Une prudence que n'a pas le président des Républicains Éric Ciotti, qui estime que les policiers méritent « un soutien clair et sans ambiguïté », mais aussi la fin du « en même temps » sur ce sujet, bref un appel à désavouer la justice.

La pression n'est donc sans doute pas donc prête à retomber, ce qui pourrait obliger Emmanuel Macron à, de nouveau, se positionner. À moins qu'il ne laisse le dossier à Élisabeth Borne. Cette dernière sera d'ailleurs mercredi soir l'invitée de BFMTV.