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Procès du 13-Novembre: «C’est pas si beau d’être une victime»

Les plaidoiries des avocats de parties civiles se sont achevées ce mardi au procès des attentats du 13 novembre 2015. Pendant neuf journées d'audience, ils ont plaidé pour les victimes directes et indirectes de ces attaques qui ont fait 132 morts. Compte rendu d’audience.

De notre envoyé spécial au palais de justice de Paris,

Une dernière fois, ils ont pris la parole. Ils se sont succédés à la barre pour parler de leurs clients. « Je porte ta voix Benjamin », commence Me Dorothée Bisaccia Bernstein. Lui qui était enfermé dans les toilettes du Bataclan, qui tenait la porte fermée à tout prix. « D’autres sont venus frapper, te suppliant d’ouvrir, et tu n’as pas ouvert. Vous aviez trop peur qu’il s’agisse d’une ruse des terroristes. Tu n’as pas ouvert. Il faut vivre avec ça. »

Comme cette autre qui a dit « ta gueule » à quelqu’un qui agonisait. « Ta gueule. Et elle vit avec ça. Six années de cauchemar à se demander si ce sont les derniers mots qu’elle a entendus [...] Qui dans sa vie a dû croiser le propre monstre qui est en lui ? Qui mérite de connaître ça ? Ce n'est pas si beau d’être une victime. » « Cette souffrance des victimes, nous la recevons dans nos cabinets depuis plus de six ans », poursuit Me Josserand-Schmidt. « La parole des victimes ça n’est pas toujours beau et résilient, ça peut aussi être violent, empreint d’une rage tournée vers soi-même ». 

Pas assez d'explications des accusés

L’avocate avait marqué l’audience en mars en faisant sortir du silence dans lequel Salah Abdeslam, seul membre encore en vie des commandos du 13-Novembre, s’était enfermé. « L’interroger n’est pas simple, mais on l’écoute parce que son silence fait plus mal que ses mots. » L’avocate regrette que les accusés aient fourni si peu d’explications aux victimes et laissent tant de questions sans réponse. « Mais il n’est pas trop tard, les accusés auront la parole en dernier. Il sera encore temps. »

Ce mardi, le cas d'Amar, kabyle qui rêve toujours d’acquérir la nationalité française, a été évoqué. Serveur au Carillon, il continue de sourire à tout le monde, mais il prend ses jambes à son cou au moindre bruit imprévu, « comme il y a quelques jours lorsqu’un plateau rempli de verre est tombé. Il a couru. Certains ont ri, ils ne savent pas tous ».

La difficile inclusion des parties civiles étrangères et non-francophones

Il fut aussi question des parties civiles étrangères comme ces deux mères de famille, chilienne et espagnole, unies par la perte d’un fils au Bataclan et par le fait qu’elles ne parlent pas français. « Elles ne pouvaient pas imaginer une seule minute que ce procès se passe sans elle », raconte leur avocate Me Clémence Witt. Qui raconte comment cette mère est arrivée du Chili le 8 septembre aux premières heures du procès pour se constituer partie civile et qu’elle n’en est pas repartie. L’avocate rappelle aussi que la Cour n’a prévu qu’à la dernière minute un dispositif de traduction des débats. Encore faut-il se déplacer à Paris. Alors que les attentats ont touché plus de 20 nationalités, la webradio qui a permis à tant de victimes de suivre à distance les audiences n’est encore accessible qu’à Londres.

« La chancellerie avait tout simplement oublié les victimes résidant à l’étranger », dénonce l’avocate. Me Ricard évoque lui ses clients irlandais, tenus à distance et renvoyés 40 ans en arrière quand le seul médecin formé aux traumatismes qu’ils traversent tient son expérience des troubles en Irlande du Nord. Et puis il fut question de Guillaume. « Lorsqu’il est sorti du Bataclan, une corde lui enserrait déjà le cou », dira Me Josserand-Schmidt. « Elle s’est serrée, serrée, serrée jusqu’à qu’il ne puisse plus respirer. » Guillaume souffrait de stress post-traumatique, il s’est donné la mort en 2017. En 2019, il a été officiellement reconnu comme la 131e victimes des attaques terroristes. Elles sont désormais 132.

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