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Un militant écologiste sauvagement assassiné à Madagascar

Henri Rakotoarisoa a été massacré jeudi 1er juin près de la commune de Moramanga, à l’est du pays, par un peu moins d’une quarantaine de trafiquants. Ces derniers seront déférés au parquet lundi prochain. Âgé de 70 ans, l’activiste dénonçait depuis deux ans les coupes de bois illicites des trafiquants sur une parcelle de forêt primaire, à cheval sur deux districts.

Avec notre correspondante à Antananarivo, Laure Verneau

« On l’a retrouvé les mains attachées, le coeur et la gorge embrochés comme un vulgaire animal », confie Ndranto Razakamanarina, la voix tremblante. Son dos était aussi lacéré. » L’homme est le président de l’Alliance Voahary Gasy (AVG), une plateforme de la société civile qui regroupe les associations de lutte pour la protection de l’environnement.

Henri Rakotoarisoa, 70 ans, était le leader du VOI, une association locale qui protégeait le dernier vestige de forêt primaire entre les districts de Moramanga, Manjakandriana et Andramasina. Ce lanceur d’alerte dénonçait depuis des années les coupes de bois illicites sur la parcelle et effectuées par des locaux, en vain.

« Nous étions en conflit avec des trafiquants depuis 2019 pour la gestion de la parcelle. C'était des individus de la commune limitrophe probablement payés pour exploiter illicitement la forêt, explique quant à lui Aïna (prénom d'emprunt), membre du VOI qui préfère rester anonyme. Nous nous sommes constitués en association l’an passé pour obtenir le transfert de gestion de la forêt auprès du ministère. »

Les meurtriers se sont rendus d'eux-mêmes à la gendarmerie

La veille de l’assassinat de Henri Rakotoarisoa, une assemblée générale de l’association pour préparer la future venue d’agents du ministère a eu lieu. « Ces agents devaient nous aider à délimiter les parcelles. Les trafiquants n’ont pas apprécié, ajoute Aïna*. Henri était encore en forme, malgré son âge. Il faisait encore de longues marches en forêt. »

Les circonstances de l’assassinat restent encore floues, mais deux sources locales font état d’une convocation orale des trafiquants à laquelle Henri Rakotoarisoa se serait rendu. Des questions aussi subsistent sur les commanditaires du trafic. « Depuis quelques mois, de nombreux camions étaient présents pour faire l’aller-retour entre la capitale et la parcelle », poursuit Aïna. 

Selon le député local Bina Andriamajanto, qui explique s’être entretenus avec les meurtriers après avoir été alerté, ces derniers se sont rendus tout de suite au poste de la gendarmerie par peur des représailles.

Ce conflit entre le militants et les trafiquants existe depuis plus de deux ans : en septembre 2021, ces derniers réussissent à accuser Henri Rakotoarisoa et à le faire placer sous mandat de dépôt pour troubles à l’ordre public.

Promesses de sanctions

Hier après-midi, la ministre de l’Environnement a présenté ses condoléances à la famille d’Henri Rakotoarisoa, promettant que des représentants du ministère se rendraient sur place bientôt pour prendre les sanctions adéquates.  

« Malgré la prétention affichée de l'État dans la Constitution, la charte de l'environnement et à travers les Velirano du président, les implications des autorités et la corruption dans les crimes environnementaux à Madagascar  (Maroantsetra, Menabe Antimena, Ankarafantsika, Pangalanes, etc...) restent impunies à Madagascar et le réseau du mal persiste à terroriser les défenseurs des droits humains et environnementaux, tempête quant à lui Ndranto Razakamanarina, le président d'AVG. Nous ferons en sorte que son sang, son sacrifice aura été utile pour la lutte qu'on mène ensemble. L'AVG et toute la société civile feront les investigations nécessaires et nous incitons le gouvernement à appréhender et à punir de la manière la plus exemplaire possible tous ceux qui sont liés de près ou de loin à ce crime odieux. »

De mémoire, selon la société civile, cet assassinat d’un militant écologiste reste sans précédent dans l’histoire de la Grande Île.