Elle a longtemps été protégée par son patronyme. Mais depuis la retraite de son président de père, la milliardaire Isabel dos Santos, 46 ans, est devenue une cible, accusée d’avoir bâti son empire en pillant les ressources de l’Angola.

Depuis les révélations dimanche d’un consortium de médias détaillant dans les « Luanda Leaks » les mécanismes du détournement de milliards de dollars des caisses de l’Angola, celle qui vivait depuis plus d’un an entre Londres, Dubaï et le Portugal est la personne la plus recherchée par la justice angolaise.

La fille de Jose Eduardo dos Santos, qui a régné sans partage sur le pays pendant près de quarante ans (1979-2017), est désormais formellement accusée dans son pays d’une myriade de délits allant de la fraude au blanchiment d’argent en passant par l’abus de biens social, le faux en écriture et le trafic d’influence.

« Nous ferons tout pour la ramener en Angola », a souligné lundi le procureur général d’Angola.

Celle que ses compatriotes appellent la « Princesse » a démenti ces accusations et dénoncé un « tissu de mensonges » et un « complot ».

Depuis son tout premier investissement dans un bar-restaurant de luxe de la capitale Luanda, l’origine de la fortune d’Isabel dos Santos a toujours suscité la controverse. Les rivaux de son père et de nombreux observateurs y voient le symbole du népotisme du régime dos Santos.

Dans un télégramme confidentiel du 7 décembre 2009 dévoilé par WikiLeaks, l’ambassade des Etats-Unis à Luanda assurait ainsi qu’Isabel devait son succès dans les affaires « en grande partie au soutien de son père ».

Lors d’un entretien à la presse en 2013, elle avait balayé le soupçon d’un revers de main en assurant « ne pas faire de politique » mais exclusivement « des affaires ».

– Patronne à succès –

« J’ai le sens des affaires depuis que je suis très jeune, je vendais des œufs de poule quand j’avais 6 ans », racontait l’aînée de l’ex-président angolais. Précisant que cet argent de poche lui avait notamment permis d’acheter…de la barbe à papa.

Isabel dos Santos est née à 1973 à Bakou, en Azerbaïdjan soviétique, où sa mère russe et son père suivaient des études d’ingénieur. Ce pays accueille alors les jeunes cadres des mouvements de libération africain.

Au divorce de ses parents, elle s’installe à Londres avec sa mère, où elle suit des études d’ingénieure au fameux King’s College.

La jeune femme revient en Angola dans les années 1990. Après s’être fait la main en ouvrant le Miami Beach, elle prend son envol en 1999 en mettant la main sur le futur premier opérateur de téléphonie mobile de son pays, Unitel.

Elle ne s’arrêtera plus. En quelques années, cette femme élégante au teint mat encadré d’une épaisse chevelure d’un noir de jais, se constitue un empire.

Deuxième producteur d’or noir d’Afrique subsaharienne, l’Angola profite alors de cours du brut au plus haut pour remplir ses caisses de pétrodollars, avant que la brusque chute des prix du baril en 2014 ne plonge le pays dans la crise.

Le portefeuille d’Isabel dos Santos s’épaissit de participations dans la téléphonie (Unitel et le géant Nos au Portugal), les banques (BIC en Angola et BPI au Portugal), la distribution, le diamant ou les médias.

En 2013, le magazine américain Forbes la bombarde « première femme milliardaire d’Afrique ». Son patrimoine est alors estimé à 3,3 milliards de dollars.

– Dans le collimateur –

En 2002, elle a épousé l’homme d’affaires danois d’origine congolaise (RDC) et collectionneur d’art Sindika Dokolo. Leurs noces dans les jardins du Palais rose, siège de la présidence à Luanda, auraient coûté 4 millions de dollars, selon la presse.

Isabel dos Santos est alors au faîte de sa gloire et de sa puissance. Elle partage son temps entre Londres, Lisbonne et Luanda, fréquente le gratin de la finance et les stars du cinéma mondial au festival des Cannes…

Mais le vent tourne lorsque son père quitte la présidence en août 2017 et confie les clés du pays à son ex-ministre de la Défense, Joao Lourenço. Soucieux d’asseoir son autorité sur le pays, celui-ci limoge tous les proches de l’ancien régime au nom de la lutte contre la corruption.

Isabel dos Santos en fait les frais rapidement, écartée sans ménagement de son poste de PDG de la Sonangol, le tout-puissant groupe pétrolier public. Son père l’y avait opportunément nommée un an avant de partir à la retraite.

Depuis le gel de ses avoirs en Angola, la polyglotte se répand dans les médias et sur les réseaux sociaux pour assurer que sa fortune est due à son « intelligence », sa « capacité de travail » ou sa « persévérance », pas à son père. Et elle dénonce un « règlement de comptes politique » de la part du président Joao Lourenço.

C’est sur ce terrain qu’elle envisage de riposter. La semaine dernière, Isabel dos Santos a menacé de se présenter à la présidentielle de 2022 dans son pays.