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Switzerland

Xavier Dolan «toujours sur le feu»

Peu de festivals suisses peuvent se vanter d’avoir un invité d’honneur aussi prestigieux. Samedi soir, le cinéaste québécois Xavier Dolan, 30 ans, huit films, recevait le premier Geneva Award du GIFF. Une clôture en beauté, placée à la fois sous le signe du cinéma et du glamour. Et pour nous, l’occasion quasi unique de dialoguer avec le lauréat. C’était dimanche matin, au lendemain de la cérémonie.

Encadré: Un record historique pour le GIFF
Commentaire: Le GIFF, toujours plus fort, toujours plus haut

Vos films ont reçu de nombreux prix dans des festivals. Mais c’est la première fois que vous en recevez un pour l’ensemble de votre carrière.
Je crois bien que c’est le premier, en effet. C’est parce que je suis encore jeune. On ne m’a jamais perçu comme méritant pour ce genre de récompenses. Cela dit, je ne crois pas que le Geneva Award soit un prix destiné à couronner une carrière. C’est plutôt quelque chose comme un prix du mérite. Mais cela me force à réfléchir sur ma carrière. Et sur les films qui vont suivre.

Parmi vos films, il y en a où vous jouez et d’autres dans lesquels vous n’apparaissez pas. Qu’est-ce qui détermine vos choix par rapport à vous?
C’est aléatoire. En tout cas, je ne cherche jamais à forcer ma présence. C’est aussi simple et élémentaire que cela. S’il n’y a pas de rôle pour moi, je ne joue pas. Si je ne vois personne d’autre que moi dans un rôle, je joue. Dans mon dernier film, «Matthias et Maxime», par exemple, je ne voyais pas un autre acteur tenir mon rôle. Alors bien sûr, cela rajoute une couche, donc une difficulté. Car pendant que je joue, j’ai aussi des responsabilités. Il faut en même temps que je m’occupe du film, des autres. Mais j’ai toujours aimé faire les deux à la fois.

Après votre aventure avec des stars américaines, je veux parler de «Ma vie avec John F. Donovan», qui a clôturé le GIFF mais n’est jamais sorti, «Matthias et Maxime» vous a permis de respirer un peu?
Disons que «Ma vie avec John F. Donovan» a été long à faire. Le film s’est étiré, la postproduction a pris énormément de temps. Après, «Matthias et Maxime» n’a pas été tourné envers ou contre tout ce qui a précédé. Il n’a d’ailleurs pas été écrit avant «Donovan». J’étais un jour dans un chalet, entre amis, et j’ai eu cette idée. Juste après, je suis parti tourner «Boy Erased» (ndlr: de Joel Edgerton), dans lequel je tiens un rôle. J’étais loin de chez moi pour un certain temps, sans repères. Donc commencer à écrire me rapprochait de la maison.

«Ma vie avec John F. Donovan» a eu un parcours difficile. Le fait qu’il ne soit presque jamais sorti nulle part, hormis en France, m’étonne vraiment, car il s’agit objectivement d’un excellent film. Comment l’expliquez-vous?
N’étant pas moi-même distributeur de films, je ne peux pas vous l’expliquer. De notre côté, ma productrice et moi, nous avons tourné la page. C’était une expérience houleuse, certes, mais je pense que je la retenterais. Et avec les comédiens, c’était juste merveilleux.

David Cronenberg me disait l’autre jour qu’il ne revoyait jamais ses films. Et vous, vous arrive-t-il de revoir l’un de vos huit longs-métrages?
Oui, sans problème. D’ailleurs, avant d’embrayer sur «Matthias et Maxime», j’en avais revu certains. Peut-être avec l’envie de réfléchir à ce que j’avais fait de mal. On change, on évolue avec les années. L’envie de replonger à la recherche de moi-même ne me déplaît pas.

Entre deux films, êtes-vous capable de penser à autre chose qu’au cinéma?
Pas vraiment, non. Je suis constamment en train de penser à un prochain projet. J’ai toujours quelque chose sur le feu. «Matthias et Maxime» marque carrément la fin d’un cycle. J’ai 30 ans et la décennie s’achève, elle aussi. Tout cela provoque certains questionnements.

On le sait moins, mais vous êtes également un infatigable comédien de doublage. Des «Harry Potter» aux «Twilight», vous avez doublé des centaines de films. Qu’est-ce que cela vous apporte?
C’est du jeu et j’aime ça. Le doublage est une gymnastique très précise. Il faut s’exercer à imiter en français ce que quelqu’un d’autre a joué en anglais. À reproduire une performance sans la travestir. C’est très formateur. Cela suppose aussi une grande part d’humilité. Mais l’industrie affiche énormément de mépris pour le doublage.

Et qu’est-ce qui vous motive à jouer chez les autres, comme dans «Ça - chapitre 2»?
En l’occurrence, pour ce film, c’était le rôle. J’avais beaucoup aimé le premier volet. Et jouer cette scène où on voit un homo se faire tabasser par une bande d’hétéros, dans un grand divertissement, cela me paraissait important.

On vous reverra l’année prochaine dans «Comédie humaine» de Xavier Giannoli.
Oui, c’est même mon premier film français. Giannoli est quelqu’un de créatif et une très belle personne.

C’est la première fois que vous veniez à Genève. La ville vous a plu?
Je l’ai adorée. Les lumières, les gens, le festival. Dès que je le peux, je reviendrai.

Le GIFF, toujours plus fort, toujours plus haut

Il n’y a pas de recette au succès. En matière de film, de spectacle, d’œuvre et même de festival, en l’occurrence le GIFF, il ne s’anticipe pas. Tout au plus peut-on le supposer, et arguer que la venue d’invités prestigieux comme Xavier Dolan, David Cronenberg, Park Chan-wook, Jean Dujardin, Clotilde Courau, Costa-Gavras ou Elia Suleiman devrait provoquer un mouvement de curiosité légitime. En dehors de cela, il y a une énergie, un souffle, du flair et un certain bon sens qui dominent l’événement. Une édition comme celle qui vient de s’achever ne s’improvise pas.

Pour un invité de marque, ce sont des semaines et des semaines de tractations, de discussions, de contretemps et parfois, de déceptions. Pour obtenir une sélection – et en l’occurrence plusieurs sélections (films, séries, VR) – aussi solide, convaincante et quelque part rigoureuse que celles de ce 25e GIFF, ce sont là aussi des mois de travail auprès des vendeurs, agents, producteurs, distributeurs et autres ayants droit qui souvent interfèrent entre une œuvre et son public. Le tout sans deviner si, à l’arrivée, les spectateurs adhéreront ou non.

Cette année, le GIFF était encore plus pléthorique que d’habitude. Au point que j’ai eu l’impression, alors que je couvre les festivals genevois et internationaux depuis près de trente ans, d’être happé par un événement aux dimensions trop grandes pour pouvoir en faire le tour. Films et interviews se sont enchaînés sans trêve, avec juste quelques heures pour rédiger entre deux. Tout cela est d’ordinaire le régime que l’on s’impose à Cannes ou à Locarno.

Un irrépressible mouvement de croissance attire ainsi le GIFF vers le haut, jusqu’à transformer la manifestation en événement de premier ordre aussi attendu que jalousé. Un objectif qui ne s’atteint pas d’un simple coup de dés. Emmanuel Cuénod et ses équipes ont travaillé d’arrache-pied pour concocter un tel menu, sans savoir si la dégustation prendrait et serait digeste ensuite. Ils ont réussi au-delà de toute attente. Que dire d’autre? Vivement 2020!

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