Au coeur de l'été, les annonces angoissantes de Sciensano sur l'augmentation des contaminations dans notre pays et les cacophonies de communication sur les zones vertes, oranges et rouges désarçonnent ou suscitent quelques critiques.
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Au coeur de l'été, les annonces angoissantes de Sciensano sur l'augmentation des contaminations dans notre pays et les cacophonies de communication sur les zones vertes, oranges et rouges désarçonnent ou suscitent quelques critiques. Un fidèle lecteur du Vif/L'Express ramasse le sentiment: "Trop is te veel comme on dit en 'belge'. Etes-vous devenu un agent propagandiste du Covid-19? Vous ne parlez plus que de cela pour invariablement dire la même chose. Etes-vous devenu le porte-parole du gouvernement? Etes-vous devenu le bras de communication de la police belge pour vous assurer que nous soyons tous de bons citoyens bien obéissants?".Si l'expression est vive, elle rejoint d'autres messages appelant à davantage de nuances dans le propos pour bien comprendre l'épisode de l'épidémie qui se joue en ce début du mois d'août.Sur notre site, plusieurs expressions ont toutefois modéré le propos dans des cartes blanches largement diffusées. "Il ne faut pas avoir de messages alarmistes et mortifères, soulignait ainsi le docteur Quirico Blonda, le 3 août. Nous avons affaire à des ondelettes rémanentes témoins d'un bruit de fond épidémique. Par contre, la seule stratégie scientifiquement valable lors d'une épidémie est avant tout le dépistage massif.""Le coronavirus SARS-CoV-2 accusé de tous les maux de la terre n'aura rien à voir avec les pires conséquences de cette pandémie, concluait avant lui Daniel Rodenstein, médecin retraité, dans une tribune publiée sur levif.be et très largement commentée. Ce sont les mesures et décisions prises à l'encontre de cette maladie (mais qui en réalité étaient préparées pour une maladie vraiment mortelle, ce que celle-ci n'est pas) qui engendrent et engendreront les désastreuses conséquences dont nous tous serons les témoins."Bernard Rentier, ancien recteur de l'université de Liège et virologue lui aussi, a publié un texte critiquant pour sa part le mode de calcul de la hausse des contaminations. Mercredi, il résumait cela comme suit: "537 nouveaux détectés sur 70.314 déjà détectés, c'est certes une augmentation de 57% par rapport à la période de 7 jours précédente mais c'est une augmentation de moins d'1% des nouvelles contaminations en Belgique (0,76%). C'est cela qui compte."Dans ce texte publié sur son blog et largement diffusé, là encore, Bernard Rentier conclut: "Le confinement a rempli son objectif et a permis d'amoindrir et d'écourter le pic de l'épidémie dans le pays. Il a évidemment mis la population sous cloche et, depuis le début, on sait que soulever la cloche pour laisser les gens revivre normalement sera un défi terriblement compliqué, puisqu'on sait qu'on n'aura pas éradiqué le virus. Remettre la cloche, même partiellement, ne fait que reporter le problème et prolonger, voire aggraver les difficultés collatérales. Les formes sérieuses de la maladie, nécessitant une hospitalisation et, dans certains cas, des soins intensifs, doivent être dans le collimateur pendant que, grâce à des tests à grande échelle, une meilleure connaissance de la circulation du virus doit être établie.."Si la stratégie de communication de Sciensano est critiquée, il est utile de préciser qu'elle se justifie. Un petit flash-back est nécessaire pour le comprendre. Le 22 juin, alors que le Conseil national de sécurité a annoncé les nouvelles phases de déconfinement pour l'été, l'institut arrête la diffusion de ses chiffres quotidiens et ne publie plus que des tendances hebdomadaires. Mais face à des risques de rebond et en raison de certains comportements tendant à ne plus respecter les gestes barrière (dont des fêtes publiques inconsidérées), le Première ministre, Sophie Wilmès, décide le 16 juillet de demander à Sciensano de communiquer à nouveau les chiffres chaque jour. Et de reprendre les conférences de presse.L'objectif étant bien de sensibiliser les Belges au risque qui demeure, la communication est forcément liée à l'évolution du virus cet été. Et la façon dont on utilise les chiffres n'est jamais neutre, quoi qu'en en dise. D'où le rapport des hausses de contaminations présentés d'une semaine à l'autre, avec des hausses dès lors importantes, entre 50% et 100%. Cependant, des personnes contaminées sont davantage des jeunes et les hausses dans les hôpitaux ne grimpent pas de façon trop importante jusqu'ici, ainsi que les décès. Cette communication a été prolongée par un resserrement drastique des mesures, après l'explosion des cas à Anvers, dont la réduction de la fameuse "bulle sociale" à cinq personnes.Mercredi, Frédérique Jacobs, porte-parole de Sciensano, a recadré: "Nous ne sommes pas dans une deuxième vague, il faut bien le préciser. Nous sommes dans une augmentation du nombre de personnes détectées positives. Quand on était au maximum de l'épidémie en mars-avril, on avait à peu près 2000-2500 cas positifs par jour. Aujourd'hui, nous sommes à 500, mais ce ne sont pas les mêmes personnes."Yves Coppieters, professeur de santé publique à l'ULB, souligne ce jeudi matin dans La Libre: "Pour refaire passer des messages, on doit refonctionner avec la peur, en disant que la situation est catastrophique, etc. On paye le cafouillage de la communication, qui brouille les messages envoyés à la population.". Il ajoute: "La réalité des chiffres et la manière dont la crise du Covid-19 est gérée ne justifient plus un discours de peur qui n'avait de sens que face à l'inconnu. Ici, on est face à quelque chose qu'on maîtrise et qu'il faut gérer dans le temps."Ceci n'est pas (encore) une seconde vague. Mais il faut garder les comportements adéquats pour éviter qu'elle n'advienne. Voilà le message. Un nouvel assouplissement des mesures de restriction sanitaires est à ce prix.