Dans les colonnes de nos confrères de La Libre Belgique, Yves Coppieters, épidémiologiste et professeur de Santé Publique à l'ULB, s'est penché sur la situation épidémique en Belgique. Son regard sur la situation ne manque pas d'enseignements, notamment sur le caractère alarmiste de la communication utilisé par nos autorités et les récents "couacs" (Suisse qui passe au rouge, accès au test pas très clair, etc.).

"Je pense qu’être alarmiste est contre-productif lorsqu’on ne laisse pas la place au débat public, à l’explication, à la communication, et c’est d’ailleurs tout ce que nous n’avons pas fait depuis le début de la crise (...). La réalité des chiffres de l’épidémie et la manière dont elle est gérée en Belgique avec tous ses défauts ne justifient plus un discours de peur, qui n’avait de sens que face à l’inconnu. Or, ici on n’est plus face à l’inconnu, on est face à quelque chose qu’on maîtrise et qu’il faut gérer dans le temps." Dans les journaux du groupe Sudpresse, Yves Coppieters ne dit pas autre chose : "La manière de communiquer de Sciensano ne peut qu’entraîner un message anxiogène. Et cette anxiété n’est pas proportionnelle à la situation".

A nouveau dans La Libre, le discours prend alors une sorte de tournure de mea culpa collectif :"la communicaton, on l'a vu très fortement la semaine passée, a été erratique entre la Suisse qui est passée au rouge, l’accès au test qui n’est toujours pas clair, les contradictions sur le masque, etc. Ces cafouillages font que nos messages ne passent plus, et dès lors, pour refaire passer des messages, on doit refonctionner avec la peur, en disant que la situation est catastrophique, etc. On paye le cafouillage de la communication, qui brouille les messages envoyés à la population.

"Faire croire que le vaccin est la solution miracle, c'est leurrer les gens"

Quant à l'approche de la suite, l'expert avance deux postulats. "Quand on se met dans le postulat qu’on va devoir vivre avec ce virus - c’est sans doute ce qui va se passer, malheureusement - et qu’il faudra donc s’adapter le mieux possible pour reprendre une vie normale, à partir de là on ne peut pas jouer sur la peur : ce postulat-là doit jouer sur l’information, la communication, le fait de dire aux gens de se protéger et notamment les plus à risques. "L’autre postulat consiste à dire qu’on va vaincre rapidement cette épidémie, qu’il y aura le vaccin et que le vaccin, c’est la solution miracle. Cela, c’est leurrer les gens : parce que dans ce cas, il faut maintenir le discours de la peur en espérant qu’on retombe à 10 cas par jour, ce qui n’a aucun sens puisque dès qu’on lèvera les barrières on remontera à 500 cas par jour. Tout dépend donc du postulat dans lequel on se met ; moi, je suis plutôt du côté du postulat qui dit : le vaccin n’est pas la solution miracle. La solution miracle, c’est simplement de trouver un mode de vie avec ce virus, dans lequel la majorité de la population se protège bien ; et qu’on reprenne petit à petit une vie normale."

A échéance plus courte, l'épidémiologiste évoque toutefois un possible assouplissement de la mesure de la bulle des 5 . "La bulle sociale pourrait se relâcher", dit-il à Sudpresse, précisant que la règle des 5 pourrait "être revue assez vite".